Australis Borealis : Valoriser la comparaison Australie-Canada pour mieux comprendre le système de santé

Par Jean-Frédéric Lévesque, MD, PhD. L’auteur est médecin spécialiste en médicine préventive et de santé publique et détenteur d’un doctorat en santé publique de l’Université de Montréal. Il vit présentement à Sydney, en Australie, où il dirige l’agence d’innovation clinique (Agency for Clinical Innovation) de l’État de Nouvelle-Galles-du-sud. Il a auparavant dirigé le bureau d’information sur la santé (Bureau of Health Information) du même état et a tenu divers rôles à l’Institut National de Santé Publique du Québec et à la Direction de Santé Publique de Montréal.


Austral et boréal. Comme les deux premières lettres de l’alphabet, ces deux mots, malgré leur signification géographique distante, résonnent naturellement ensemble. Les qualificatifs austral et boréal réfèrent à des pôles opposés malgré la poésie sonore qui les assemblent.

On peut dire la même chose de l’Australie et du Canada, deux pays associés à ces qualificatifs. Diamétralement opposés géographiquement, ces deux pays partagent néanmoins de multiples attributs et caractéristiques qui en font des candidats idéaux pour la comparaison de leurs systèmes de santé. Avec un peu de poésie en plus!

Ces deux pays, où j’ai eu l’honneur d’habiter, étant né au Canada et vivant en Australie depuis près de cinq ans, ont en effet beaucoup en commun. Ce sont de vastes pays faiblement peuplés où les distances et la faible densité de la population sont souvent vues comme des tyrannies pour leurs populations vivant loin des grands centres. Ils partagent ainsi un fort courant de recherche sur la ruralité et l’éloignement et leur impact sur l’accès aux soins et sur la prestation de services en contexte de rareté de ressources.

Du point de vue démographique, le Canada et l’Australie sont issus de la colonisation de territoires où diverses populations autochtones ont une longue histoire, mais ont vécu un déclin démographique sans précédent. Les premières nations canadiennes et les nations Aborigènes Australiens souffrent toujours de désavantages importants et nos systèmes de santé font face à des défis majeurs pour offrir des services sociaux, de promotion de la santé, de prévention, de diagnostics et de traitement qui rejoignent ces populations de manière culturellement appropriée. L’Australie et le Canada ont aussi  vécu d’importantes vagues migratoires il y a plusieurs décennies, provenant d’Europe et d’Asie du Sud-est, et dans les décennies plus récentes, une importante migration d’Asie du Sud et de Chine. Ces vagues migratoires ont accentué la diversité sociale et culturelle présente dans les régions urbaines, mais aussi de façon croissante dans les régions rurales, présentant divers enjeux en ce qui a trait à la prestation de services culturellement adaptés.

Sur le plan des systèmes de santé, ces deux pays ont une couverture universelle, couvrant l’ensemble de la population bien que ne couvrant pas l’ensemble des besoins de santé. C’est pourquoi une proportion importante du financement en santé provient de sources privées, sous forme de paiements directs ou via l’assurance complémentaire. Bien que la répartition diffère dans les deux pays, environ les tiers des dépenses de santé y sont privés. De surcroit, l’essentiel de la planification, de l’organisation et de la prestation est assumé par le niveau des provinces ou états, les gouvernements fédéraux et centraux ayant un rôle de financement de divers secteurs et de contribution aux enveloppes budgétaires, mais peu de contrôle direct sur la prestation locale, à l’exception de certains services liés aux soins de populations migrantes et autochtones et aux enjeux de santé nationaux.

Toutes ces similitudes ne veulent pas nécessairement dire que l’expérience de soins est identique dans ces deux pays, mais, à tous le moins, que le potentiel de comparaison et de collaboration est grand. Ces deux pays aiment bien se comparer aux États-Unis et au Royaume-Uni, avec en plus certaines comparaisons avec la Nouvelle-Zélande pour l’Australie et, pour le cas du Québec, avec la France. Mais force est de constater que l’Australie et le Canada devraient faire l’objet de plus de projets comparatifs pour apprendre de projets pilotes implantés dans ces deux pays respectifs. Les enjeux de contextes, bien que toujours présents, risquent d’être moindres que lorsque l’on tente d’implanter des innovations provenant des États-Unis ou du Royaume-Uni.

Des occasions de comparaisons sont déjà disponibles. Le Sondage international sur les politiques de soins de santé inclut déjà le Canada et l’Australie parmi les onze pays comparés. Ces deux pays sont d’ailleurs parmi ceux ayant les plus grandes tailles échantillonnales pour permettre des comparaisons et analyses robustes. De plus, les données de l’OCDE présentent aussi de fortes possibilités de comparaisons et ont l’avantage d’employer des méthodes de standardisation de l’information. Mais l’occasion est aussi unique pour penser à l’extérieur des espaces déjà balisés. Certaines provinces et états, comme l’Ontario et la Nouvelle-Galles-du-Sud (les plus populeux respectivement du Canada et de l’Australie, avec une très forte polarité urbaine), ou le Québec et Victoria (seconds plus populeux présentant des modèles à caractère communautaire depuis plusieurs années), ou encore l’Alberta et l’Australie de l’Ouest (caractérisés par une faible densité populationnelle et des investissements en santé fluctuant au gré des marchés de matières premières), présentent certaines similitudes qui pourraient soutenir des analyses plus près de l’analyse des modèles de prestation de services. De manière plus générale encore, les deux pays offrent des occasions immédiates de synthèse des enjeux présents en contexte de ruralité et sur le thème de la santé des populations autochtones et migrantes.

L’Australie et le Canada vivent par contre des extrêmes de température et de climat totalement opposés. Pour en revenir à la poésie, cela ne nous empêche pas de partager un style de vie où le farniente à la plage, surfant sur les vagues en constant mouvement, ressemble aussi à ces journées sur les pistes, où les skis glissent sur des vagues blanches et froides de neige immobile.

No worries. Pas de souci.


 

 

Ce contenu a été mis à jour le 4 décembre 2017 à 16 h 06 min.

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